Il y a quelques heures, au terme d’une discussion avec un aîné, ancien haut fonctionnaire, celui-ci m’a lancé : «Mais Moustapha, on n’a pas encore atteint le fond ?» Je lui ai répondu que le Challenger Deep, point le plus profond des océans, serait encore trop peu profond pour notre destination.
L’incompétence n’a pas de demi-mesure
Kiiraay et Pastef, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. On aurait tort d’y voir un camp du mal et un camp du bien : les deux ont été incapables, ensemble, de faire ce que l’on attend de tout pouvoir, à savoir gouverner. Quand on est incompétent, on ne l’est pas à moitié. On ne peut pas être «un peu» incapable de diriger un pays : l’erreur de l’un aggrave celle de l’autre, et c’est le citoyen qui paie l’addition des deux.
Gouverner n’est pas un coup de dés
Diriger un Etat ne peut reposer sur la chance. La chance, c’est ce qui reste quand il n’y a ni méthode, ni préparation, ni sens des priorités. Un Etat se gère par des arbitrages, un calendrier, une cohérence stricte entre ce qu’on annonce et ce qu’on fait. Il faut un minimum vital : savoir qui décide, sur quoi, et jusqu’où. Ce minimum-là, nous le cherchons encore.
Les querelles de chiffres, pendant que le pays attend
Plus grave encore que l’incompétence : nos dirigeants se crêpent le chignon sur la Lfr, la Lfi, les fonds spéciaux, les fonds secrets, et jusqu’à ces prétendus «fonds noirs» agités autour de l’Aser, de Kosmos et d’on ne sait quoi d’autre. Que ces rumeurs soient fondées ou non, c’est à ceux qui gouvernent de les dissiper, preuves à l’appui. Quand l’opacité nourrit le soupçon, se taire revient à l’entretenir. Ces batailles budgétaires sont légitimes en démocratie ; ce qui ne l’est pas, c’est qu’elles occupent tout l’espace pour ne servir qu’à régler des comptes entre appareils politiques.
Les vraies priorités n’ont pas de tribune
Personne ne parle du panier de la ménagère, de la facture d’électricité du père de famille, des fournitures scolaires des élèves. C’est pourtant là d’abord que se juge la légitimité d’un gouvernement. Le citoyen ne lit pas une loi de finances rectificative : il constate chaque jour ce que coûtent le riz, l’huile, l’électricité et le cartable de ses enfants. Un pouvoir qui ne parle jamais de cela finit par ne parler qu’à lui-même.
Le chantage et la fébrilité
On se bat comme des chiffonniers, et chacun prétend défendre l’intérêt général.
L’Assemblée nationale joue au chantage avec une impudence qui n’a d’égale que la fébrilité de la présidence.
Un contre-pouvoir qui bloque pour négocier sa part cesse d’être un contre-pouvoir. Une présidence qui hésite, qui tâtonne et qui laisse se dégrader le rapport de forces renonce de fait à arbitrer. Dans les deux cas, c’est l’institution tout entière qui est desservie.
Conclusion
On se demande si nous avons touché le fond. La question est mal posée : un fond est un point d’arrêt où l’on cesse enfin de descendre. Or, tant que ceux qui nous dirigent choisiront la querelle politicienne au détriment du quotidien des Sénégalais, rien n’indique que notre chute ait une limite.
Moustapha DIAO
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