Cuuraay le bâtonnet d’encens aux senteurs odorantes
Et pastèque le melon d’eau à la savoureuse chair rouge
Se disputent les faveurs des citoyens de la pirogue
«Je sens meilleur que toi, clame le premier, et tout le monde aime le fumet
Qui se dégage de moi»
«Les gens raffolent de ma chair juteuse et sucrée, et me préfèrent à toi qui
Es plus sec qu’un cure-dent», rétorque le second
Le combat s’engage entre les deux rivaux
Qui se crêpent le chignon comme des chiffonnières
Sous les yeux ébahis des citoyens de la pirogue
Qui ne comprennent rien à leurs gesticulations
Les coups pleuvent sans arrêt et de partout
Drus comme la grêle qui tombe en hiver
«C’est moi le plus beau, le plus fort, le plus intelligent !», claironne Cuuray
«Tu n’es qu’un fanfaron bon à rien, espèce d’avorton !», riposte pastèque
La bataille fait rage entre ces deux là !
Les citoyens courent de-ci de-là pour se mettre à l’abri
Et pour éviter, on ne sait jamais, une balle perdue !
Plutôt préoccupés par leur survie
Absorbés par la recherche de la pitance quotidienne
Pendant que leurs «représentants» engoncés
Dans leurs costumes dernier cri, la bedaine bien en relief
Se la coulent douce et font des plans sur la comète
Les citoyens de la pirogue ont la tête ailleurs
Et se demandent comment régler leurs milliards de problèmes !
Peu leur chaut les chamailleries de l’Hémicycle
Où la discorde a fini de mettre le siège
Pour mieux se protéger des fumeuses scories
Qui se dégagent de ce puant volcan en ébullition
Chacun court à la recherche d’un parapluie
«Par ici le salut !, crient les partisans de Cuuraay
«Venez nous rejoindre !, lancent les militants de pastèque
La cacophonie s’installe, le tollé s’impose
C’est à croire que le pays va sombrer dans le chaos !
Mais les citoyens, eux, observent et se tiennent cois
Ou bien commentent en sourdine et rient sous cape
Ils attendent qu’arrive l’heure cruciale du choix
Et l’implacable verdict des urnes
Qui, une fois encore, sonnera la fin de la récréation !
Louis CAMARA Ecrivain
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