La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj) a été un grand moment d’histoire pour notre pays. Nous ne pouvons que féliciter les femmes et les hommes qui ont travaillé d’arrache-pied pour offrir au monde une telle chorégraphie. Laquelle montre encore une fois que le travail bien fait, et seulement le travail, permet d’échapper à des indigences qui s’apparentent à des déterminismes tant elles ont pris racine dans nos imaginaires. Cette journée du samedi porte aussi en elle cette leçon.

Célébrer les valeurs de l’Olympisme dans un pays comme le nôtre, pays dont le souci a toujours été de trouver une parole de paix dans un monde fragmenté, est un grand moment symbolique. Un acte fondateur dont les conséquences ne peuvent qu’être positives. Aussi le Mouvement olympique, qui «ambitionne de contribuer à la construction d’un monde meilleur et pacifique en éduquant la jeunesse par le biais d’une pratique sportive en accord avec l’Olympisme et ses valeurs», se déploie-t-il dans un îlot de paix et de démocratie. Valeurs qui sont dans la ligne des principes fondamentaux proclamés par la Charte olympique, ou la «Constitution des Jeux Olympiques» selon l’article de Franck Latty, dès ses premières pages.

En regardant le spectacle magnifique auquel nous avons eu droit ce week-end, comment ne pas songer à l’effluve de Senghor, à son souci constant d’inviter ses hédonistes compatriotes au grand rendez-vous de l’Universel (il suffit de lire ses discours prononcés à l’étranger, et qui sont regroupés dans Education et culture, avec des textes de Felwine Sarr et de Souleymane Bachir Diagne, pour s’en convaincre : dans ces textes auxquels on a accès grâce à l’esprit de méthode de l’académicien et à la Fondation Léopold Sédar Senghor, se déploie, sur deux décennies, une parole érudite et humaniste dont la force réside par-dessus tout dans sa capacité à flairer les périls auxquels nous sommes confrontés) ?

Faire humanité ensemble

Les Jeux Olympiques, qui «sont des compétitions sportives entre athlètes, en épreuves individuelles ou par équipes et non entre pays», portent en eux un message de paix et d’espoir, conformément aux principes fondamentaux proclamés dès le préambule de la Charte olympique : le respect des droits humains, la «joie dans l’effort», la «valeur éducative du bon exemple», la «responsabilité sociale», l’éradication des discriminations, la recherche de la paix et du développement, la promotion de l’«esprit olympique fondé sur la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, la solidarité et le fair-play», etc. Il suffit de promener son regard sur notre monde pour constater à quel point nous avons besoin de moments au cours desquels ces utopies sont portées aux nues. Utopies grâce auxquelles scintille au loin, fût-ce furtivement, une lumière, telle la Flamme olympique, dans cette grande pénombre : un monde déréglé où règne la loi du plus fort.

Des jeunes célèbrent à Dakar -la symbolique est importante, encore une fois, car Dakar est un atelier de la paix, même si quelques cabotins affichent d’autres ambitions- toutes les valeurs dont notre monde a grandement besoin. Par exemple : la promotion de la paix et la lutte contre la guerre. Il va de soi que la guerre n’est pas la seule menace existentielle qui nous guette puisque l’Intelligence artificielle, le climat, entre autres périls, sont là pour nous rappeler l’urgence d’un miracle humain ; mais sans doute présente-t-elle les menaces les plus perceptibles immédiatement : les guerres détruisent nos économies. Et la guerre en Iran l’a montré en s’attaquant à nos infrastructures énergétiques.

Bien sûr, concrètement, l’Olympisme et ses valeurs ne peuvent pas grand-chose dans un monde déréglé, où il n’y a de souveraineté que belliciste. Mais ils ont le mérite de nous rappeler, à Dakar, cette devise : «Plus vite, plus haut, plus fort -Ensemble.»

Par Baba DIENG