Menacés de déguerpissement, les acteurs de la bande des filaos dénoncent une situation alarmante. Entre élevage, agriculture et activités commerciales, ils redoutent de perdre leurs moyens de subsistance. Le porte-parole de leur coordination, Pape Samba Sarr, et Khadidiatou Tambédou appellent le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye à intervenir pour privilégier le dialogue et éviter une crise sociale.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – La menace d’un départ forcé fait planer l’incertitude sur les acteurs de la bande des filaos. Pour Pape Samba Sarr, porte-parole de leur coordination, l’urgence est de trouver une solution qui tienne compte des réalités économiques et sociales du site. Il conteste le délai qui leur aurait été imposé pour quitter les lieux et interpelle directement le chef de l’Etat. Derrière cette inquiétude, des familles craignent de voir disparaître des activités qui les font vivre depuis des années. Selon les chiffres avancés par le porte-parole, le site abriterait plus de 1027 bœufs. Les activités d’élevage, de commercialisation et les métiers qui gravitent autour feraient vivre, directement ou indirectement, des milliers de personnes. Pape Samba Sarr estime que plus de 3000 personnes pourraient être affectées par une opération menée sans accompagnement adéquat.

Des moyens de subsistance menacés, les populations dénoncent l’abandon

La situation est également jugée grave par Khadidiatou Tambédou. Cette actrice du site rappelle que les populations y développent des activités d’élevage et d’agriculture, souvent sans soutien suffisant des pouvoirs publics. A ses yeux, ces travailleurs devraient bénéficier d’un accompagnement plutôt que de subir des mesures qu’ils perçoivent comme brutales. «Nous avons nos activités. Nous faisons de l’élevage et de l’agriculture. Nous n’avons pas le soutien de l’Etat. Nous devrions donc être appuyés et non subir des brutalités», déplore-t-elle.

Son interpellation prend aussi une dimension sociale. Khadidiatou Tambédou questionne les priorités en matière d’accès au logement et d’aménagement urbain. «Il y a les cités des magistrats, celles des Domaines, mais où sont celles des pauvres ?», lance-t-elle, mettant en lumière le sentiment d’exclusion des populations modestes face aux politiques d’aménagement. Pour elle, les personnes qui travaillent sur le site ne devraient pas être considérées uniquement comme un obstacle à un projet. Elles sont aussi des citoyens qui tentent de gagner dignement leur vie. L’élevage et l’agriculture représentent pour elles des investissements, mais surtout une source de revenus pour nourrir leurs familles.

Un départ précipité, sans terrain de remplacement ni dispositif d’accompagnement, pourrait ainsi plonger de nombreux ménages dans la précarité.

La coordination demande par ailleurs des éclaircissements sur le devenir du site dont la superficie est estimée par son porte-parole à 127 hectares. Quel projet l’Etat entend-on y développer ? Où seront conduits les animaux ? Quelles garanties seront offertes aux acteurs économiques ? Autant de questions qui restent au cœur de leurs préoccupations. Les sommations évoquant une échéance au 22 accentuent la pression sur les occupants. Face à cette perspective, Pape Samba Sarr appelle le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye à intervenir personnellement pour favoriser une concertation avec les autorités et prévenir une escalade. Le porte-parole insiste sur le caractère citoyen de leur démarche et rejette toute interprétation partisane. La coordination affirme ne pas s’opposer au développement ni à la réorganisation du site, mais réclame une solution juste, élaborée avec les personnes directement concernées. L’enjeu dépasse donc le seul déplacement des animaux ou la libération d’un espace. Il concerne l’avenir de milliers de personnes dont les activités pourraient être bouleversées. Entre impératifs d’aménagement et droit de préserver ses moyens de subsistance, les acteurs de la bande des filaos attendent désormais des réponses concrètes de l’Etat. Leur message est clair : ils demandent à être entendus, accompagnés et traités avec dignité. A l’approche de l’échéance annoncée, une concertation rapide apparaît comme un moyen de prévenir une crise sociale et de rechercher une issue qui tienne compte à la fois des projets publics et de la réalité quotidienne des populations.

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