Par Justin GOMIS – Après un rythme parlementaire soutenu marqué par trois sessions extraordinaires et d’intenses travaux en commissions d’enquête, l’Assemblée nationale a ouvert sa session ordinaire unique pour l’année 2026-2027. Loin de s’accorder un satisfecit, la présidence de l’institution a immédiatement donné le ton des débats à venir : cette rentrée s’inscrit dans la continuité d’un devoir d’exigence envers les citoyens autour de deux principes cardinaux que sont la transparence et la reddition des comptes.
«La chose publique nous oblige», a rappelé le président de la Représentation nationale, Ousmane Sonko, devant les députés et les membres du gouvernement. S’appuyant sur l’article 25-1 de la Constitution -qui stipule que les ressources naturelles appartiennent au Peuple-, le président Sonko a martelé une distinction fondamentale : «L’Etat n’est la propriété d’aucun gouvernement. Le Trésor public n’est le patrimoine d’aucun responsable. Les institutions ne sont le butin d’aucune majorité.» Pour lui, quiconque exerce une charge publique n’est qu’un «dépositaire de moyens qui ne sont pas les siens» et contracte une dette morale et juridique d’explication envers le Peuple.
Un contrôle renforcé sur la dette et les fonds spéciaux
L’accent a été mis sur la nécessité de rendre l’action publique intelligible et accessible à l’ensemble des populations, y compris à travers la diffusion des informations dans les différentes langues nationales (wolof, pulaar, malinké, diola, soninké). Citant le philosophe Emmanuel Kant ainsi que l’historien Joseph Ki-Zerbo, Ousmane Sonko a rappelé qu’«on ne développe pas un Peuple : un Peuple se développe». La transparence ne doit donc pas être noyée sous des chiffres opaques : «une transparence qui noie n’est qu’une opacité en habit de lumière», a-t-il affirmé.
Cette exigence prend un relief particulier à la lumière des récents travaux de la Cour des comptes sur les finances publiques, qui ont révélé un endettement et un déficit nettement supérieurs aux prévisions. Réagissant à ce constat, le président de l’Assemblée nationale a averti : «Une dette que le Peuple ignore est une tutelle qui n’ose pas dire son nom.» Face aux dérives budgétaires et au gaspillage, il a rappelé la réalité humaine derrière la Comptabilité publique : «Derrière chaque ligne budgétaire, il y a un visage : un enfant qui attend sa salle de classe, une mère qui tend à la pharmacie une ordonnance qu’elle ne peut honorer, un paysan qui attend son aménagement hydro-agricole.» C’est pourquoi le Parlement entend renforcer son contrôle sur les ressources naturelles ainsi que sur la gestion des fonds dits spéciaux.
Un Parlement exigeant envers lui-même
Rappelant que le vote du budget n’est pas le terme du contrôle parlementaire mais son commencement, Ousmane Sonko a exhorté les députés à mobiliser tous leurs instruments (commissions, questions écrites et orales, évaluations de politiques publiques). Pour lui, le contrôle démocratique n’est ni une défiance ni un monopole de l’opposition, mais «la respiration normale de la démocratie représentative».
Tout en précisant qu’une commission d’enquête n’est pas un tribunal et doit agir avec rigueur et respect des personnes, le président du Parlement a conclu sur une exigence d’exemplarité interne : «L’Assemblée qui contrôle doit accepter d’être contrôlée. Nous ne saurions demander aux autres ce que nous refuserions de nous appliquer.» Les travaux parlementaires reprendront le vendredi 16 octobre 2026 pour la ratification des listes des membres des commissions permanentes.
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