Menacés par les opérations de déguerpissement à Guédiawaye, les artisans de Hamo 4-5-6 dénoncent une situation qui fragilise leur activité et compromet l’avenir de nombreux jeunes. Ouseynou Guèye, artisan, regrette les espoirs déçus placés dans le nouveau régime et appelle à soutenir les travailleurs qualifiés plutôt qu’à les pousser vers la précarité et l’émigration irrégulière.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Les espoirs se sont transformés en désillusion. A Guédiawaye, les artisans qui vivent de leur savoir-faire voient leur avenir s’assombrir avec les opérations de déguerpissement qui menacent leurs activités. Pour Ouseynou Guèye, artisan à Hamo 4-5-6, cette situation dépasse la seule question de l’occupation de l’espace public : elle pose le problème de l’emploi des jeunes, de la formation professionnelle et de la capacité des pouvoirs publics à offrir des perspectives à ceux qui ont choisi d’apprendre un métier.

Dans les groupes WhatsApp où les jeunes partagent leurs difficultés et cherchent des solutions, le constat revient avec insistance : posséder une qualification devrait permettre de travailler et de gagner dignement sa vie. Mais entre les attentes et la réalité, le fossé reste important. «Nous avions beaucoup espéré de ce gouvernement. Aujourd’hui, malheureusement, c’est la déception qui domine», regrette Ouseynou Guèye.

L’émigration comme ultime recours

Derrière les ateliers menacés, c’est toute une jeunesse qui s’interroge sur son avenir. Faute de débouchés et de perspectives, certains jeunes envisagent de rejoindre l’Espagne par la mer, dans l’espoir d’y trouver un emploi et de meilleures conditions de vie. Une perspective inquiétante pour cet artisan, qui estime que les jeunes ne devraient pas être contraints de risquer leur vie pour subvenir à leurs besoins.

«Les jeunes ne demandent pas l’impossible. Ils veulent simplement travailler, réussir leur vie, soutenir leurs parents et prendre en charge leurs familles», explique-t-il. A ses yeux, les opérations de déguerpissement, lorsqu’elles ne sont pas accompagnées de solutions de recasement, risquent d’aggraver la précarité de personnes qui disposent déjà d’une activité et d’une compétence professionnelles.

Pour Ouseynou Guèye, il y a là un paradoxe : alors que l’emploi des jeunes est régulièrement présenté comme une priorité, des travailleurs capables de gagner leur vie et de former d’autres personnes se retrouvent menacés de perdre leur outil de travail.

Former plutôt que fragiliser

L’artisan ne se contente pas de dénoncer. Il appelle également ses pairs à prendre leurs responsabilités, à se mobiliser et à valoriser les compétences acquises sur le terrain. Pour lui, ceux qui maîtrisent un métier doivent pouvoir l’exercer, transmettre leur savoir-faire et contribuer à la formation d’une nouvelle génération de professionnels.

Il plaide ainsi pour un accompagnement concret des artisans, un renforcement de la formation professionnelle et la création de véritables débouchés pour les jeunes. L’enjeu, insiste-t-il, est de permettre aux travailleurs de poursuivre leurs activités et de former d’autres jeunes plutôt que de les priver des moyens de subsistance.

A Guédiawaye, la question des déguerpissements prend donc une dimension sociale et économique. Au-delà des ateliers, ce sont des familles, des apprentis et des projets de vie qui sont concernés. Ouseynou Guèye rappelle que le travail reste, pour beaucoup de jeunes, le principal moyen de construire leur avenir au Sénégal. Encore faut-il leur en donner la possibilité.

Son message aux autorités est clair : soutenir les artisans, préserver les emplois existants et ouvrir des perspectives concrètes à la jeunesse. Car, lorsque le travail ne permet plus d’espérer, la tentation du départ gagne du terrain. Et avec elle, le risque de voir une partie de la jeunesse chercher ailleurs l’avenir qu’elle peine à construire chez elle.

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