Après plus d’un an de préparation en coulisse, loin des regards indiscrets, la Direction des cérémonies pour les Jeux Olympiques de la jeunesse «Dakar 2026» est prête pour l’ouverture, prévue ce samedi 31 octobre au Stade Abdoulaye Wade de Diamniadio. A quelques heures de la cérémonie pensée africaine et réalisée par des Africains, la directrice des Cérémonies aux Joj, Khady Niang, assure, dans cet entretien, que tout est fin prêt pour faire vivre au monde olympique des moments historiques au pays de la Teranga.

A quoi doit-on s’attendre pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 ?

La cérémonie d’ouverture se déroulera au Stade Abdoulaye Wade de Diamniadio, le 31 octobre, de 18h 30 à 20h. Elle sera diffusée, et durera donc une heure trente. Vous vous imaginez bien que je ne peux pas me pencher sur ce sujet-là. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’au sein du Cojoj «Dakar 2026», nous avons très vite pris le parti de définir ce concept artistique en interne. D’habitude, pour les cérémonies, on confie la production à une société, la plupart du temps internationale, qui a l’habitude d’organiser ce type d’événement. Mais nous nous sommes dit que nous avions une occasion unique de raconter notre histoire. C’était très important pour moi, il y a un an et demi, de choisir un directeur artistique sénégalais. Je voulais vraiment que, pour une fois, lors d’une cérémonie africaine, la première cérémonie olympique organisée sur le continent, cette histoire soit une réappropriation de notre récit. C’était très important pour nous. Ce à quoi on peut donc s’attendre, pour répondre à votre question, c’est une cérémonie réalisée à 100% par des Africains, afin de se réapproprier leur récit et de raconter au monde qui nous sommes, d’où nous venons et où nous voulons aller.

Qu’est-ce que vous souhaitez mettre en avant ?

Ce que nous voulons raconter est simple. Je ne dirais pas que nous voulons raconter brièvement l’histoire du Sénégal, car je n’ai pas cette prétention. L’histoire du Sénégal est très riche et très multiple. Surtout, elle peut être racontée de manière très différente selon le regard de celui qui la raconte. Nous avons simplement la prétention, en tant que jeunesse sénégalaise et africaine, de montrer au monde qui nous sommes et d’où nous venons. Nous voulons aussi nous ouvrir à l’Afrique, comme le dit notre slogan : «L’Afrique accueille, Dakar célèbre.» Ce que nous voulons raconter de l’histoire africaine, c’est notre vision de cette histoire, telle qu’elle nous a été transmise par nos aïeux. C’est une histoire très personnelle. Aujourd’hui, cette cérémonie pourrait être racontée par n’importe quel Sénégalais. Nous aimerions que tous les Sénégalais puissent se retrouver à travers ce récit.

Comment le Sénégal compte-t-il se valoriser sur le plan culturel et mettre en avant son identité ?

C’est très facile, parce que la culture sénégalaise est très riche et très diverse. Bien entendu, il a fallu faire des choix, c’est certain. La culture sénégalaise ne peut pas être racontée en une heure trente. Comment la valoriser ? A travers le récit, les costumes, la musique, la danse, mais aussi une histoire forte qui englobe tous ces éléments. Nous ne voulions pas non plus faire comme cela se fait dans certaines cérémonies, avec simplement une succession de célébrités qui viennent chanter, accompagnées de danseurs. Nous avons vraiment choisi de raconter une histoire.

Toutes les régions du Sénégal seront-elles représentées, à l’image de ce qui a été fait pour le parcours de la Flamme olympique ?

Toutes les régions du Sénégal seront représentées. C’est une garantie que je peux vous donner. Elles le seront dans les tableaux artistiques, mais également à travers le casting. Il faut savoir que nous avons organisé des castings dans les différentes régions du Sénégal. Nous avons ainsi retenu pas moins de 625 danseurs qui participeront à la cérémonie. Si l’on ajoute les figurants, les acteurs et les chanteurs, nous arrivons à environ 1100 performeurs. Nous sommes donc véritablement allés dans les régions du Sénégal pour organiser des castings à grande échelle et faire preuve d’inclusivité. À ce sujet, nous avons également collaboré avec Special Olympics, qui a participé au casting. Des personnes à mobilité réduite feront ainsi partie du spectacle. Je peux même vous raconter une anecdote : Special Olympics nous avait demandé s’il était possible de leur réserver, par exemple, un petit spectacle de deux minutes. Nous avons répondu non. Nous leur avons dit que nous allions les intégrer à l’ensemble du spectacle.

Pour moi, l’inclusivité, ce n’est pas mettre ces personnes à part. Dans le spectacle, elles seront comme tous les autres performeurs. Elles sont tout aussi intelligentes et talentueuses, et c’est ce qu’elles vont montrer lors de cette cérémonie.

Quelle place l’Afrique occupera-t-elle dans cette cérémonie ?

Une très grande place. Je peux même vous révéler une information exclusive : c’est une directive de Son Excellence Monsieur le président de la République. Lors de nos premiers entretiens à propos de cette cérémonie, il nous a tout de suite dit qu’il voulait que tous les Africains se sentent concernés et embarqués dans cet événement. Il ne voulait pas que nous organisions simplement une cérémonie à la sénégalaise. Il fallait que ce soit une cérémonie africaine.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour préparer cette cérémonie ?

Cela nous a pris pas moins d’un an et demi. Nous avons travaillé dans la discrétion et le silence. Il faut savoir que la première version du concept artistique de cette cérémonie a été présentée en septembre 2025. La version finale a ensuite été présentée au président de la République. C’est une tradition : le président de la République valide lui-même le concept de la cérémonie d’ouverture, car c’est finalement l’image du pays qui est en jeu. Le concept a donc été validé par le président de la République dès le mois de février, et les répétitions ont commencé, avec la formation des chefs chorégraphes, au cours de ce même mois.

Est-ce possible d’avoir une estimation du budget pour la cérémonie d’ouverture ?

Il m’est difficile de répondre à cette question, car je ne sais pas si je suis autorisée à communiquer ces informations. En tout cas, ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que, selon le Cio, cette cérémonie présente le meilleur rapport qualité-prix de l’histoire des Joj. Quand on parle de rentabilité, il s’agit du rapport entre la qualité et le prix. Nous avons donc véritablement misé sur l’ingéniosité à la sénégalaise… C’est une cérémonie à échelle humaine. Cette approche nous vaut aujourd’hui les encouragements et les félicitations du Cio, qui estime que nous avons réalisé la cérémonie la plus rentable de l’histoire des Joj en matière de rapport qualité-prix.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pendant cette période ?

Concernant les difficultés, les premières ont été d’ordre opérationnel. C’est tout à fait normal. Le CIO nous l’a d’ailleurs expliqué : ce sont des difficultés auxquelles sont confrontés tous les comités d’organisation et toutes les directions de cérémonie des Joj. Pourquoi ? Parce que nous avons misé sur des talents locaux, sur des personnes qui n’avaient jamais organisé de cérémonie olympique. Nous avons donc choisi des équipes locales et jeunes, qui manquaient d’expérience. Il a fallu les former et créer un cadre de travail adapté, en collaboration avec les différents ministères, notamment ceux de la Culture et des Sports, qui nous ont beaucoup soutenus, ainsi qu’avec le Cio. Les difficultés opérationnelles ont donc bien existé. Je ne cache pas non plus les difficultés budgétaires. Aujourd’hui, nous parlons d’une réussite, mais cela a d’abord été un défi. Une cérémonie olympique organisée dans un stade de 55 000 places a forcément un coût, et nous ne disposions pas, au départ, du budget nécessaire. Il a donc fallu trouver des solutions.

Auriez-vous pu organiser la cérémonie en extérieur, comme à Paris en 2024 ?

Oui, c’est un choix interne qui précède ma nomination. Cette décision a été prise à l’époque de la candidature du Sénégal, ou peut-être un peu après. Il faut savoir une chose : nous organisons les Jeux Olympiques de la Jeunesse, et non les Jeux Olympiques.

Peut-on avoir une idée des autorités et des personnalités attendues à cette cérémonie ?

Je ne suis pas habilitée à vous renseigner sur les autorités attendues, car cette question relève du département du protocole. Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est que plus d’une dizaine de chefs d’Etat et de gouvernement ont confirmé leur présence. Nos collègues du protocole pourront vous donner davantage de précisions. Nous avons également des ambassadeurs au sein de «Dakar 2026», comme Omar Sy et Khaby Lame. De nombreuses personnalités internationales et nationales seront présentes. Pour moi, les ambassadeurs nationaux du Sénégal sont tout aussi importants et valorisants. Nous aurons donc énormément de personnalités à cette cérémonie. Je peux également vous dire que cette cérémonie pourrait être la plus suivie de l’histoire des Joj, en termes de diffusion.

Avez-vous une idée de l’identité du dernier porteur de la Flamme olympique ?

Je connais l’identité du dernier porteur de la flamme. Je suis la seule à la connaître, mais je ne la révélerai pas.

Peut-on au moins connaître son profil ?

Ce sera un sportif ou une sportive, c’est certain. Ce sera également un Sénégalais ou une Sénégalaise. Ce sont deux choses que je peux affirmer sans me tromper.

Qu’en est-il des artistes qui participeront au spectacle ? Peut-on avoir quelques noms ?

Concernant le spectacle et les artistes qui vont se produire, il y aura des artistes sénégalais et africains. Cela ne vous avance pas beaucoup, je le reconnais, mais nous avons une belle programmation artistique.

Quel message souhaitez-vous adresser aux Sénégalais concernant leur déplacement au stade ?

Nous voulons leur faire comprendre que nous sommes face à un format exceptionnel. Une cérémonie olympique n’est pas un match de football auquel on se rend au Stade Abdoulaye Wade en arrivant à 16 heures pour assister à un match à 17 heures. Il existe un plan de transport bien précis. Mon premier conseil aux Sénégalais est donc de venir très tôt au stade. Nous allons mettre en place des activités qui leur permettront de patienter dans de très bonnes conditions. Il y aura des pré-shows, des concerts et des activations marketing pour rendre leur expérience encore plus agréable. Nous leur recommandons également d’utiliser les transports en commun. Ce sera une expérience beaucoup plus agréable que de venir avec sa voiture, et cela facilitera aussi nos opérations. Imaginez un stade de 55 000 places, si chaque personne vient avec sa voiture, ou si deux personnes partagent une voiture, cela risque de compliquer les déplacements. Nous préférons donc que les spectateurs viennent en groupe, notamment dans des bus de 55 places. Ce que je peux vous dire, c’est que les spectateurs qui arriveront tôt au stade, dès 14h, 15h ou 16h, ne s’ennuieront pas. Ils auront même droit à des surprises que ceux qui arriveront plus tard regretteront de ne pas avoir vues. Il y aura des concerts, des activités très intéressantes, des activations marketing et des cadeaux. C’est tout ce que nous demandons aux Sénégalais : venir tôt et venir avec cette image que nous connaissons du Sénégal, celle de la Teranga. Faisons la fête ensemble et montrons au monde le meilleur visage de notre pays.

`Peut-on affirmer que toutes les dispositions sont prises et que vous êtes prêts à 100% pour cette cérémonie d’ouverture ?

Nous sommes prêts. Je peux l’affirmer clairement. A l’heure où je vous parle, je suis venue vous rencontrer alors que je suis déjà installée au Stade Abdoulaye Wade. Les danseurs sont en train d’effectuer leur dernière répétition. Tout est prêt : la musique, les costumes et la scénographie. Tout est absolument prêt. Nous sommes actuellement dans les derniers réglages sur le site, notamment au niveau de la lumière. Comme je vous l’ai expliqué, nous sommes en répétition depuis le mois de février. Nous avons donc pris le temps nécessaire, en nous appuyant sur une stratégie très claire. Il ne nous reste plus qu’à livrer cette cérémonie.

Recueillis par Woury [email protected]